À propos de “Clowner”2018-11-30T06:51:41+00:00

À propos de “Clowner”

« L’art de jouer la comédie, c’est l’art de se détendre. » Charlie Chaplin

 

« C’est en jouant, et seulement en jouant, que l’individu, enfant ou adulte, est capable d’être créatif et d’utiliser sa per­sonnalité tout entière. C’est seulement en étant créatif que l’individu découvre le soi. De là, on peut conclure que c’est seulement en jouant que la communication est possible » Winnicott

« Clowner », c’est se donner la permission d’accueillir, au moment de leurs émergences, les émotions, sentiments, sensations corporelles, imaginaire, sans les juger. C’est permettre à ce qui est là d’être là. Ainsi s’expérimente la vraie rencontre avec soi-même. Et comme nous sommes « animal social » (Aristote) c’est aller aussi à la rencontre de l’autre (public et/ou partenaire de jeu). Toute la vitalité du clown repose sur la capacité à dire « oui » à ce qui se passe, à l’intérieur et à l’extérieur de soi, à se donner en cadeau son présent tel qu’il est ! ( il est amusant de constater que cadeau et présent sont synonymes). Un personnage inédit et libre apparaît alors! Une seule chose est nécessaire à la personne au nez rouge : oser l’autorisation !

« Ce n’est pas parce que c’est difficile que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas que c’est difficile. » Sénèque

« L’audace est porteuse de génie, de pouvoir et de magie ». Goethe

Et c’est magique en effet, car quand je mets la conscience au niveau corporel et/ou émotionnel en laissant de côté les jugements, je fais l’expérience d’un plus de vie jubilatoire et… totalement contagieux ! Je deviens émetteur d’une énergie qui porte ma propre capacité à m’accepter inconditionnellement.

« En nous libérant de notre propre peur, notre présence libère spontanément les autres. » Nelson Mandela

Nul besoin de faire quoi que ce soit !

« Pour vivre pleinement sa vie, il n’est pas nécessaire d’agir. Pour vivre pleinement sa vie, il est indispensable d’être. » Lao Tseu

« Ne t’inquiète pas, il n’y a rien à faire… Ne te juge pas…Laisse le jeu se faire tout seul…Rien à faire, rien à vouloir, rien à forcer et tout se fait tout seul. » Lama Guendune Rinpoché

« La parole doit venir à certains moments, mais ce qui instruit et ce qui donne, c’est la présence. C’est elle qui est silencieusement agissante. » Christian Bobin

Pour le clown, il y a une délectation, une fierté à faire l’aveu de ses défaites, de ses « ombres ». Il sait qu’il est imparfait! En ce sens, « clowner » est l’art de l’échec… ce qui est plutôt reposant dans un monde obsédé de réussite, qui ne fait que renforcer notre peur de l’échec! Comme une méditation en mouvement, le chemin qui mène à notre clown permet de (re)connaître, épouser et manifester les forces à l’œuvre en chacun de nous.

« Chaque force est l’ennemi, si tu ne l’aimes pas. Tu ne peux pas l’aimer, si tu ne la connais pas. » Gitta Mallaz

” Ce n’est pas en regardant sa lumière que l’on devient lumineux mais en plongeant dans son obscurité.” CG Jung

Cela ne s’arrête pas là : trop heureux d’avoir découvert quelque chose à « manger », le clown va en déguster toutes les saveurs jusqu’à satiété: il va exagérer!

“Étrangement, l’exagération m’a toujours semblé l’expérience parfaite. Je me suis vite aperçue que tout ce que je n’avais pas osé vivre jusqu’au bout ne me lâchait plus. Il n’est que l’expérience menée à terme qui libère. Nous sommes poursuivis toute une vie par ce que nous n’avons pas osé vivre en entièreté. Toute énergie – quand elle a été réveillée – veut voir son fruit mûr avant de se dissiper. » Christiane Singer

La pratique du clown est un chemin possible vers plus de légèreté. Car une fois révélé par l’expérience de la scène, l’exercice qui consiste à conjuguer conscience et lâcher-prise va pouvoir plus facilement se répéter sur la « scène » de notre quotidien.
A nous autres, vieux sapiens sommés de se renouveler, l’expérience clown est offerte comme une opportunité ludique de mise en mouvement de soi-même donc de changement ; comme une invitation à plonger au cœur de soi, y trouver notre humanité commune et y ramener un trésor : notre unicité, notre singularité !
Et c’est bien de cela dont il est question aujourd’hui : l’intégration, comme une évidence, que nous sommes à la fois semblables et différents… fraternels !!!


 Bé/nez/fices

Le travail du clown développe l’écoute et l’expression juste de son état présent.

Il exerce, approfondit et rééquilibre la conscience corporelle, émotionnelle et cognitive.

Il développe la confiance en soi, l’affirmation de soi, la créativité, la joie, la vitalité,

la capacité à faire des choix pour orienter sa vie d’une manière qui tient mieux compte de ses besoins.

Il permet un mode plus satisfaisant de relation avec soi et avec les autres et des changements positifs.

Il favorise la reconquête de la spontanéité et forge la singularité.

Il réveille notre façon d’être au monde.


Tous des Clowns ? …

Il y a quelques décennies, un personnage curieux, hors norme, est apparu et qui utilise son corps et ses émotions comme support de jeu. Ce que (presque) tout le monde cache, lui, le dévoile. Le matériau de base de son art, c’est la « pâte humaine » dans son entièreté. Il la malaxe jusqu’à outrance provoquant du même coup des éclats de rire. Il témoigne d’un état d’éveil et d’accueil permanent: le clown est né-z !!! et sur son nez, il a mis du rouge. Drôle d’idée, me direz-vous!

Le rouge est la couleur qui excite le plus le cône de l’œil humain. Rouge comme le sang qui circule dans nos veines. Rouge comme la vie, le désir, le courage, la régénérescence, la fête, le spectacle (décoration des théâtres et des opéras en rouge et doré), les émotions. Dans la plupart des textes sacrés, le rouge est associé au feu et à l’amour divin. Le rouge, symbole de pouvoir aussi. Mais quel pouvoir ce personnage pétri d’humilité peut-il bien représenter?
Le pouvoir sur lui-même, le pouvoir d’aimer.
Un nez rouge, comme un drapeau…brandi comme un étendard, pour nous inviter ou nous rappeler de faire la paix avec nous-mêmes donc avec les autres, la terre et le ciel! Pour nous rappeler que la vie n’attend pas, que c’est ici et maintenant que tout se passe! Pour nous rappeler de nous émerveiller et retrouver la simplicité. Pour nous inviter à nous dépouiller, instant après instant, de nos vieux manteaux ( de nos vieux  “mentaux »!), inventer, faire du neuf.

Drôle d’oiseau, ce clown, irréductiblement ancré sur son vaisseau terre, toutes voiles dehors et le vent dans les voiles! Il ne sait pas où ce vaisseau l’emmène, lui et ses frères, mais il n’en a cure! Il est là, devant nous, il respire et cela lui suffit! Aucun besoin de justifier , ni d’expliquer quoi que ce soit… avec pour seul bagage, son corps, son cœur, ses « tripes » et son imaginaire, les cinq sens en éveil… il avance!

« Regardez! » semble-t-il dire “voyez comme je suis heureux d’être ce que je suis! » Et comme un enfant, il a spontanément envie de partager ses découvertes.
Le « oui inconditionnel » du clown (une des règles de base du jeu clownesque) commence d’abord par le « oui » qui accompagne son inspir-expir instinctif: cette autorisation d’être à l’état brut accompagnée de la décision de se plaire dans tous ses états. Le clown a fait un pacte d’amour avec la Vie.

Pour autant, lui aussi est traversé par la colère et la peur. Alors il trouve un compromis, un équilibre entre le désir de mettre une claque à son voisin par exemple, ou de jeter au sol sa voisine et l’embrasser, et son idéal de non-violence. Sur scène, suivant les mêmes exemples, il pourra montrer à sa façon comment c’est, pour lui, d’avoir envie de mettre une claque ou de se montrer désirant sans passer à l’acte. Et il prendra tout son temps pour cela, explorant ce désir et jouissant de le montrer de toutes les façons possibles. A l’heure du zapping et du déni, notre clown fait figure d’extra-terrestre!

Il n’a aucune raison de se presser (même s’il nous montre qu’il est impatient). Pour lui, la réalité se situe exactement à l’endroit et à l’instant où il respire: tout à l’heure est un autre jour! Et s’il aime tant se montrer et partager sa présence, c’est qu’il se sent « animal social » (Aristote), que sans ses frères et sœurs humains, il n’existe pas. Il sait que ce qui le transforme, c’est l’autre. Il le voit dans son cœur, il le sent dans ses tripes. Il jouit de ne pas avoir d’autre alternative que d’épouser les changements en lui suscités par ses compagnons de route. Son tempérament d’aventurier s’accorde bien avec ça. Chaque instant est un saut dans l’inconnu et c’est le cœur ouvert qu’il l’aborde. Chaque instant est l’occasion de s’ajuster, entre toute puissance et impuissance, entre son « immensitude » et sa petitesse, il révèle et féconde le conflit majeur de notre humanité. Funambule sur son fil terrestre, « il tient sa perche » entre conscience et lâcher prise, et nous invite à le suivre pour jouir du Vivant que nous sommes!
Chacun de nous peut appeler son clown à prendre la barre … chacun de nous…